Faubourg Saint-Denis
Paris, France
Il ne se débat pas comme le prince confédéré le fera un jour. En liant doucement ce bout de corde aux autres encore libres, je vois que cette victime - cette vitcime estimée, cette première victime consentante - m'a suggéré un thème révolutionnaire. Celui qui se prépare dans les contrées qui m'entourent. Mon potentiel voire - puisqu'à present je puis en supporter la simple pensée - ma rupture imminente d'avec le chemin que Dieu avait dressé devant moi depuis tant de lieues.
La liqueur d'ambroisie qui alimente mon extase, ma douleur et ma quête devient partie intégrante de mon être. Elle apporte avec elle un flot de questions, et malheureusement les réponses sont bien décevantes au regard des huit qui m'ont été promises.
Un puissant magicien en boit lui aussi. Mais il n'est pas seul. J'aperçois avec lui trois yeux le regardant depuis des ténébres infinies. Il va jusqu'à y voir sa délivrance, ou du moins une révélation. Mais il n'obtient pas plus que ce que j'aperçois, car qui vaut mieux, de la puce ou du chien ?
L'obscurité vient à moi également, et je sens que ce moment constitue un épilogue, mais heureusement il ouvre la voie à d'autres fins. Le regard des trois yeux dépasse le magicien, et m'enveloppe. Le chien ne détecte pas la puce, donc j'en vois plus que lui.
Et voilà que le sang amène la Destruction des Trois.
Plutôt prosaïque, certes, mais comment aurais-je pu discerner cela sans la vision que je viens d'aquèrir. Etrange de contempler le puzzle avant que toutes les pièces n'en soient réunies. En voici un, facile, devant moi, mais la piste s'avère trop difficile pour ce roi corpulent qui se contente de renifler dans les bois à la recherche de ces proies.
Car les enfants devraient toujours suivre leur père, et telle est la troisième senteur que distille ce sang.
Là, le parfum suscite l'appétit d'un enfant miné par les affres de la faim. Pour le satisfaire, il ne se contentera pas du pain du boulanger, mais du boulanger lui-même et de sa femme, et après la famine viendront les festins, mais pas ceux qui s'y adonnent actuellement.
Ah, une piste bien complexe ! Fais-je preuve envers Dieu d'autant d'insolence que le boulanger qui Le range en second, juste derrières ses pairs ? Peu importe que l'enfant occupe la troisième place. Ou peut-être se trouve t'Il là, ici même, mais prête aussi peu d'attention à mes semblables qu'au bien être de la plus infime de ses créations. De la tempête, qui emportera néanmoins ce monarque paresseux.
A présent, ma route change de direction.
A présent, je sens une bête, toute resplendissante d'or, qui soulève sa tête hors de la mer écarlate. En quelques mouvements sinueux, elle s'avance sans bruit, et ose se risquer sur les terres de ce nouvel aigle volant si haut dans le ciel. Me suis-je montré trop hâtif ? Une multitude de secrets se dissimulent dans ces dunes mouvantes couleur cannelle et cumin, pourtant ce n'est pas eux, mais la surprise qui arrachera les plumes de l'aigles dans quelques siècles. Peut être, dans une autre vie m'aventuerai-je ici à nouveau, même si mon chemin semble devoir se limiter au poudrier entrevu par mon pauvre martyr. Mais je trouve cela trop limpide, et doute que ma véritable voie fasse preuve d'autant de clarté.
Je ramène en arrière les cheveux collés au front ensanglanté de ce mourant. Plus de sang, plus de signes, susurre la voix d'un démon. Il en reste à venir. Ma victime consentante semble aussi calme qu'auparavant. bien. Il ne regrette pas de s'être offert en sacrifice. Bien. Le contraire eût été embêtant. Je me penche vers le suivant.
Et la mort d'un autre martyr me tends les bras, m'acceuille avec le sang dont je m'abreuve. La pauvre femme, la dernière représentante de sa lignée de nécromanciens : le soi-disant ange des Huits, mis à mort pour que s'éteigne cette engeance, quoique l'existence des marchands de Venise semble contredire cet épilogue.
S'est-il déjà passé tant de choses ? La mort de l'ange. La Diablerie du magicien. L'élaboration du traité. La Guerre entre les Enfants. La Destruction des Trois. Le sort du septième est déjà scellé même s'il n'est pas parvenu à sa conclusion : le Maitre Maçon a filé sa toile et un grand pouvoir menacera sa patrie d'orient, ainsi que la grande île que les Hollandais en plein déclin ont d'abord achetée pour une bouché de pain, puis obtenu comme butin de guerre.
Et le dernier des huit ? Dois-je dévorer cette vision avec ton sang ? Ô mon Dieu, se peut-il que je le reprenne ? Il s'agit surement de la voix de son démon et non de sa vision prophétique. Oui, il reste de la vie en lui. Peut-être devrais-je lui rendre toute celle que je lui ai prise. Ainsi que la mienne. Octavio, faut-il que nous inversion nos destins ? Mes propres cauchemards se voient confirmés. A quoi bon trouver la vérité si elle doit être ingérée dans une telle contrée ?
Une tempête gigantesque engloutit le monde.
Des montagnes liquides submergent les pleines, détournent les rivières, emplissent les océans. Tous ces morts, ces morts innombrables, dois-je m'en préoccuper ? A présent qu'Il ne marche plus devant moi, qu'est-ce qui me pousserait à m'atteler à cette tâche redoutable ? Cette tâche terrifiante ?
Si la simple vision d'un tel futur me poussait à sacrifier ma vie et la léguer à un autre, pourquoi désirerais-je survivre, ou même envisager de survivre, dans un univers aussi apocalyptique ?
Oui, je t'entends, démon, toi et tes bavardages, et les plans que tu murmures à mon oreille, comme tu le fis avec mon compatriote. Il est mort, finalement. J'en sais plus que lui. Il pensait sauver le monde de ton emprise, mais tes projets patétiques ne peuvent être comparés aux pouvoirs que je perçois. Je redoute les échos qu'ils rencontreront dans mon esprit fragile, mais c'est bien le futur qui m'inquiète. Y ne joues plus qu'un rôle mineur.
Ma motivation viendra t'elle de mon orgueil ? Ai-je donc si peu appris de mes visions ?
Je suis humble.
Viendra-t'elle de la soif de puissance ? Certes, le sang des Huit a considérablement accru ma vigueur, mais ai-je si peu appris de la leçon dispensée par le sorcier, puis de sa chute ?
Je suis faible.
Viendra-t'elle de mon désir de préserver mon inhumanité ? Ai-je si peu appris du sang tiré de ce sacrifice volontaire ?
Je suis un monstre.
Et il en sera ainsi pour toujours. Pourtant, si je suis vaincu, qu'importe ma défaite ?
Je sauverai le monde. Je ne dois pas laisser mon subconscient empiéter davantage sur mon plan.
Si j'en avais seulement un.
Mais ce n'est pas le cas.
Mais si ça l'était, je refuserais d'en dépendre.
En suis-je sûr ?
Oh, laisse-moi tranquille, Dragon. Je suis fou.
Fou.
haaaaaaaaaaaaaaaaaaaa mes yeux brulent ! Saleté d'ecran !